L'encéphalite à tiques (TBE pour Tick-Borne Encephalitis, appelée aussi FSME en allemand) est la maladie virale la plus sous-estimée de France. Contrairement à la borréliose de Lyme (bactérienne) que les Français connaissent à 82 %, la TBE n'est identifiée que par 12 % de la population selon le sondage OpinionWay / Pfizer de juin 2026 — alors qu'elle peut laisser des séquelles neurologiques durables chez 40 % des adultes symptomatiques et qu'un vaccin existe. Le bulletin de Santé publique France du 12 mai 2026 documente 98 cas notifiés en 2025, en hausse de 53 % par rapport à 2024 (62 cas en 2024, 39 cas en 2023) — une trajectoire qui inquiète les autorités sanitaires au moment où le virus s'étend au Sud de la France (premier cas en Lozère, progression en PACA et Occitanie) et où 45 des 98 cas de 2025 sont liés à la consommation de fromage au lait cru. Voici ce qu'il faut comprendre, reconnaître, prévenir, et ce que ProDeratisation peut faire pour les propriétaires, syndics et gestionnaires de sites exposés.
TBE : ce que c'est, et pourquoi c'est différent de Lyme
L'encéphalite à tiques est une maladie virale causée par un flavivirus transmis par la salive de la tique Ixodes ricinus (la même espèce qui transmet la borréliose de Lyme). Le virus circule dans la tique et est injecté dès les premières minutes de la piqûre — alors que Borrelia (Lyme) met 36 à 48 heures pour migrer de l'intestin de la tique vers ses glandes salivaires. Autrement dit : on n'a pas le temps de retirer la tique à temps pour le TBE comme on peut l'avoir pour Lyme. C'est la première différence majeure à intégrer.
Le virus TBE est par ailleurs résistant à la chaleur de cuisson modérée et survit dans le lait cru de chèvre, brebis ou vache infectées. C'est la deuxième voie de contamination, identifiée en France depuis 2020 (département de l'Ain). En 2025, 45 cas sur 98 impliquaient une consommation de fromage au lait cru, en particulier des fromages de chèvre artisanaux d'Auvergne-Rhône-Alpes.
À retenir : pour Lyme, la prévention repose sur le retrait rapide de la tique. Pour le TBE, la prévention repose sur la vaccination (pour les personnes exposées), l'éviction des zones à risque, la cuisson des aliments et la protection vestimentaire.
L'encéphalite à tiques est par ailleurs une maladie à déclaration obligatoire en France depuis 2021, ce qui a permis d'affiner la cartographie de sa progression.
Les chiffres 2025-2026 qui inquiètent les autorités
Le bilan 2025 publié par Santé publique France le 12 mai 2026 confirme la tendance lourde :
| Année | Cas notifiés | Variation | |---|---|---| | 2022 | 35 cas | référence basse | | 2023 | 39 cas | +11 % | | 2024 | 62 cas | +59 % | | 2025 | 98 cas | +53 % |
- 84 patients sur 98 ont été hospitalisés en 2025.
- 80 % des patients ont présenté une forme neurologique (méningite, méningo-encéphalite, encéphalite).
- 40 % des adultes symptomatiques gardent des séquelles neurologiques durables (troubles cognitifs, fatigue chronique, paralysies partielles, troubles de l'équilibre).
- Aucun décès n'a été rapporté en 2025, mais la létalité dans les formes sévères est documentée entre 0,5 et 2 % dans la littérature européenne.
Chiffre clé ANSES 2025 : le coût annuel de la TBE en France est estimé à 3 millions d'euros (hospitalisation, rééducation, arrêts de travail), et ce alors que la couverture vaccinale est quasi nulle en population générale.
Carte des zones de circulation du virus TBE en France, extension progressive vers le Sud depuis 2020
Pourquoi le virus TBE s'étend : la triple conjonction de 2026
1. Le changement climatique étend l'aire de la tique
La tique Ixodes ricinus était historiquement cantonnée à la moitié Est de la France et au Nord (Alsace, Lorraine, Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes, Jura, Alpes). Les épisodes caniculaires et la remontée des températures moyennes depuis 2020 lui permettent désormais de coloniser le Sud :
- Premier cas autochtone en Lozère (Occitanie) recensé en 2025.
- Détection du virus chez des tiques capturées en PACA (Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-de-Haute-Provence).
- Montée en altitude : des tiques infectées ont été retrouvées jusqu'à 1 700 m dans les Alpes, les Pyrénées et les Cévennes.
- Colonisation du Massif central, jusque-là considéré comme zone tampon.
L'ANSES, dans son avis du 8 juillet 2025, prévient que la zone de circulation du virus TBE s'étendra encore de 30 à 50 % d'ici 2035 si la trajectoire climatique actuelle se confirme.
2. La voie alimentaire amplifie la diffusion
La transmission par le lait cru et les fromages au lait cru est un phénomène identifié en France depuis le premier foyer de 2020 dans l'Ain. Le mécanisme :
- Des chèvres, brebis ou vaches sont piquées par des tiques infectées.
- Le virus passe dans le lait dans les jours qui suivent.
- La consommation de lait cru ou de fromages au lait cru non thermisés (chèvre frais, tomme, picodon, reblochon, saint-nectaire fermier) transmet le virus à l'homme.
- Contrairement aux idées reçues, le virus résiste à une acidification (vinaigre, marinade) et à une congélation domestique. Seule une chauffage à 70 °C pendant 2 minutes ou une pasteurisation industrielle inactive le virus.
En 2025, 45 cas sur 98 (46 %) impliquaient une consommation de fromage au lait cru, principalement dans les fermes, marchés de producteur et tables d'hôtes d'Auvergne-Rhône-Alpes (Ain, Savoie, Haute-Savoie, Isère, Ardèche, Drôme).
Cas concret cité par l'ANSES : en juillet 2025, un foyer familial de 4 cas a été identifié en Haute-Savoie après consommation d'un fromage de chèvre fermier acheté directement à la ferme. Trois des quatre patients ont développé une méningo-encéphalite avec hospitalisation de 10 à 21 jours.
3. La mobilité touristique diffuse l'exposition
Les vacances d'été emmènent chaque année des millions de Français dans les zones d'endémie (Alsace, Vosges, Jura, Alpes, Massif central, Auvergne, Ardèche). La mobilité internationale (Suisse alémanique, Autriche, Allemagne du Sud, Italie du Nord — tous pays de haute endémie TBE) ajoute une couche supplémentaire d'exposition. La France attire aussi des touristes venant de ces zones, et certaines tiques « voyageuses » sont retrouvées dans des bagages ou vêtements.
Les symptômes : une maladie en deux phases
La TBE évolue typiquement en deux phases, ce qui rend le diagnostic parfois difficile au début.
Phase 1 (jours 2 à 7 après la piqûre) : syndrome pseudo-grippal
- Fièvre brutale (38,5 à 40 °C)
- Céphalées intenses
- Courbatures, fatigue, malaise général
- Parfois nausées, vomissements
Cette phase dure 2 à 7 jours et guérit spontanément dans 70 à 80 % des cas. Le patient croit à une grippe ou un coup de chaleur estival — d'où le sous-diagnostic massif.
Phase 2 (jours 7 à 14) : atteinte neurologique
Dans 20 à 30 % des cas, après une amélioration de quelques jours, survient une seconde vague fébrile avec atteinte du système nerveux central :
- Méningite (50 % des formes neurologiques) : raideur de nuque, photophobie, céphalées
- Méningo-encéphalite (40 %) : troubles de la conscience, désorientation, convulsions
- Encéphalomyélite (10 %) : paralysies, troubles de la déglutition, atteinte respiratoire
Cette phase nécessite une hospitalisation avec ponction lombaire, IRM cérébrale et traitement symptomatique. Il n'existe pas de traitement antiviral curatif : seule la prévention (vaccin) est efficace.
Séquelles documentées : sur 100 adultes ayant présenté une forme neurologique de TBE, 40 garderont des séquelles à 12 mois : fatigue chronique, troubles cognitifs (mémoire, attention), céphalées récurrentes, troubles de l'équilibre, paralysies partielles. 20 % déclarent une altération durable de leur qualité de vie.
Le vaccin TBE : pourquoi la France est en retard
Deux vaccins sont disponibles en France :
- TICOVAC (Pfizer) — forme adulte et pédiatrique (à partir de 1 an)
- ENCEPUR (Bavarian Nordic / Valneva)
Le schéma vaccinal standard est de 3 doses (M0, M1 à M3, M5 à M12) avec un rappel tous les 3 à 5 ans selon l'âge.
La situation française en 2026
- La couverture vaccinale est estimée à moins de 1 % de la population française, contre 80 à 90 % en Autriche (pays qui a généralisé la vaccination dans les années 1980 et observe aujourd'hui moins de 100 cas/an).
- Le vaccin est recommandé en France par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) uniquement pour les professionnels exposés (forestiers, éleveurs, gardes-chasse, vétérinaires) et les voyageurs se rendant en zone d'endémie.
- La HAS évalue en 2026 l'opportunité d'élargir la recommandation aux randonneurs réguliers, promeneurs, propriétaires résidant en zone d'endémie, et aux enfants vivant en zone rurale — à l'image de ce qui a été fait en Suisse alémanique.
Question souvent posée : « Si je suis piqué par une tique en forêt de Fontainebleau et que je n'ai pas le vaccin, que faire ? » Réponse : surveiller 4 semaines (comme pour Lyme), consulter devant tout symptôme grippal ou neurologique dans les 14 jours suivant la piqûre, et signaler la piqûre sur signalement-tique.fr (programme CiTIQUE / INRAE).
Le cas particulier de l'Île-de-France : à surveiller de près
L'Île-de-France n'est pas encore considérée comme une zone endémique TBE, mais la surveillance s'intensifie :
- Des tiques Ixodes ricinus sont présentes dans tous les massifs forestiers franciliens (Fontainebleau, Rambouillet, Sénart, Chevreuse, Meudon, Carnelle, Notre-Dame).
- Le programme CiTIQUE / INRAE reçoit régulièrement des signalements de piqûres en forêt francilienne.
- Aucune circulation virale TBE n'a encore été détectée chez les tiques d'Île-de-France (données 2024-2025), mais le virus est présent dans les Ardennes voisines et la remontée vers le Bassin parisien n'est pas exclue à l'horizon 2030.
- La consommation de fromages au lait cru franciliens (fermes de la Brie, du Gâtinais, de la vallée de Chevreuse) reste un point de vigilance : un approvisionnement en lait cru hors région est possible toute l'année.
Pour les Franciliens qui randonnent en zone d'endémie (Vosges, Alsace, Jura, Alpes, Massif central) pendant l'été 2026, la vaccination TBE est recommandée : parlez-en à votre médecin ou à un centre de vaccinations internationales avant le départ.
Comment se protéger en 2026 : la méthode complète
Pour les promeneurs, randonneurs et traileurs
- Vaccination TBE : recommandée pour toute personne séjournant en zone d'endémie (Alsace, Lorraine, Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes, Alpes, PACA, Suisse, Autriche, Allemagne du Sud, Italie du Nord). 3 doses sur 6 à 12 mois, rappel tous les 3 à 5 ans. Peut être démarrée en schéma accéléré (3 doses sur 3 semaines) en cas de départ imminent.
- Vêtements couvrants et clairs : pantalon dans les chaussettes, manches longues, chaussures fermées.
- Répulsifs cutanés à base de DEET 30-50 % ou icaridine 20 %.
- Inspection mutuelle au retour (zones chaudes : aisselles, plis du coude, derrière les genoux, cuir chevelu, ombilic, aine).
- Douche dans les 2 heures suivant la sortie.
- Lavage des vêtements à 60 °C minimum, ou sèche-linge 1 h à chaleur forte.
- Tire-tique en pharmacie : en cas de tique fixée, retrait immédiat avec rotation douce (mais ne dispense pas de la surveillance 4 semaines : pour le TBE, le virus est injecté dès les premières minutes).
Note HAS 2025 : la perméthrine sur vêtements n'est plus recommandée en population générale en France (risques toxicologiques). Privilégiez les répulsifs cutanés AMM.
Pour les consommateurs de fromage au lait cru
- Cuire le lait cru à 70 °C pendant 2 minutes minimum avant consommation.
- Éviter les fromages au lait cru fermiers non thermisés en zone d'endémie (Ain, Savoie, Haute-Savoie, Isère, Ardèche, Drôme) en l'absence de pasteurisation attestée par le producteur.
- Demander au producteur si le lait a été pasteurisé ou thermisé.
- Privilégier les fromages à pâte pressée cuite (comté, emmental, beaufort) dont la fabrication inclut un chauffage à plus de 50 °C.
- Les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées ne devraient pas consommer de fromage au lait cru non pasteurisé, conformément aux recommandations ANSES.
Pour les propriétaires de domaines boisés, gestionnaires de sites naturels, collectivités
C'est ici que ProDeratisation intervient en amont de l'exposition, en complément des mesures individuelles :
- Diagnostic de risque tique et TBE : cartographie des zones d'affût, identification des hotspots de tiques (lisières, clairières, hautes herbes, zones à cervidés), évaluation du risque d'exposition pour les usagers.
- Plan de gestion intégrée : calendrier d'entretien (tonte, débroussaillage, élagage), création de barrières sèches, gestion des populations de rongeurs (réservoirs), traitement des animaux domestiques.
- Dératisation raisonnée des zones où les rongeurs entretiennent le cycle Ixodes-Borrelia (mulots, campagnols, rats).
- Protocole de communication : affichage en plusieurs langues, sentiers fléchés, information des usagers et des enfants.
- Partenariats vétérinaires et médicaux pour le signalement tique (CiTIQUE / INRAE) et la mise à disposition de trousses de premiers secours tique (tire-tique, antiseptique) sur les sites accueillant du public.
- Formations : sensibilisation du personnel (gardes forestiers, éducateurs sportifs, animateurs colonies, enseignants, agents de mairie) à la méthode de retrait, à la surveillance post-piqûre, et à l'orientation des cas suspects vers la consultation.
Quand faire appel à ProDeratisation
Notre métier, c'est l'aménagement du risque parasitaire et vectoriel. Pour la problématique tiques / TBE, nous intervenons principalement en amont de l'exposition, en accompagnement des propriétaires de domaines boisés, syndics de copropriété, gestionnaires d'espaces verts, exploitants agricoles, golfs, centres équestres, bases de loisirs, colonies de vacances et collectivités :
Pour les particuliers, nous intervenons en conseil sur l'aménagement du jardin et la gestion des abris à rongeurs. Pour le cadre réglementaire de la lutte contre les nuisibles et la responsabilité des propriétaires, voyez notre article sur la dératisation obligatoire en copropriété et en restaurant et notre guide sur les tarifs d'une dératisation professionnelle en 2026.
Pour replacer la problématique tique dans le contexte estival global de la prolifération des nuisibles en été 2026, voyez aussi notre dossier dératisation et chaleur : pourquoi les rongeurs pullulent cet été et notre guide complet sur tiques et maladie de Lyme en France en juillet 2026, qui détaille la méthode de retrait, l'érythème migrant et la surveillance post-piqûre.
Pour les autres risques vectoriels actifs en France au même moment, voyez notre dossier virus du Nil occidental : premier cas autochtone en France, juillet 2026 et notre analyse moustique tigre et chikungunya : record de cas en juillet 2026.
En résumé
- ✅ L'encéphalite à tiques (TBE) a touché 98 personnes en France en 2025, en hausse de 53 % par rapport à 2024 (données Santé publique France, mai 2026).
- ✅ 80 % des patients présentent une forme neurologique ; 40 % des adultes symptomatiques gardent des séquelles durables.
- ✅ Le virus s'étend au Sud : premier cas en Lozère (2025), progression en PACA et Occitanie, montée jusqu'à 1 700 m d'altitude.
- ✅ 45 cas sur 98 en 2025 sont liés à la consommation de fromage au lait cru, principalement en Auvergne-Rhône-Alpes.
- ✅ Le virus est injecté dès les premières minutes de la piqûre : le retrait rapide de la tique ne suffit pas comme pour Lyme.
- ✅ Vaccin disponible (TICOVAC, ENCEPUR) — couverture vaccinale française < 1 %, contre 80-90 % en Autriche.
- ✅ La HAS évalue en 2026 l'élargissement de la recommandation vaccinale aux randonneurs et propriétaires résidant en zone d'endémie.
- ✅ Prévention : vêtements couvrants, répulsifs DEET 30-50 %, inspection au retour, douche sous 2 h, cuisson du lait cru à 70 °C, vaccination pour les personnes exposées.
- ✅ L'ANSES recommande un renforcement de la surveillance, une information large et un approfondissement de la recherche sur les souches circulantes.
Le risque TBE n'est pas un sujet d'alarmisme, mais un sujet de vigilance active qui demande une information claire (seuls 12 % des Français connaissent la maladie) et un accès élargi à la vaccination. Pour les propriétaires, syndics, gestionnaires de sites naturels ou de loisirs qui veulent mettre en place un plan de gestion tique sur leur foncier, ProDeratisation intervient dans toute l'Île-de-France (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Seine-et-Marne, Yvelines, Essonne, Val-d'Oise) pour le diagnostic, le conseil et l'aménagement du risque.
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