Rat brun au pelage sombre mangeant des graines sur le sol, près d'une planche en bois
rongeurs

Voter un contrat de dératisation en AG : mode d'emploi

Par L'équipe ProDeratisationPublié le 19 octobre 202613 min de lecture

Le scénario se répète chaque printemps dans les copropriétés franciliennes. Depuis l'automne, les occupants signalent des rats dans la cour, des souris dans les caves, des déjections derrière les colonnes vide-ordures. Le syndic fait intervenir une entreprise en urgence, deux ou trois fois, sur le budget travaux urgents. Puis vient l'assemblée générale : la résolution « contrat de dératisation » est inscrite à l'ordre du jour, un seul devis est lu à voix haute, personne ne comprend ce qu'il recouvre, et la résolution est rejetée ou renvoyée à l'année suivante « pour obtenir d'autres devis ». Douze mois perdus, et une infestation qui a eu le temps de coloniser deux cages d'escalier supplémentaires.

Le problème n'est presque jamais la mauvaise volonté des copropriétaires. C'est la préparation de la résolution. Un contrat de prestation récurrente se vote selon des règles précises : une majorité déterminée, des pièces annexées à la convocation, une mise en concurrence quand le montant dépasse un seuil voté, et une répartition de charges cohérente avec le règlement de copropriété. Chacune de ces étapes, mal exécutée, offre à un copropriétaire mécontent un motif d'annulation devant le tribunal judiciaire — et, plus souvent encore, une raison légitime de voter contre.

Cet article détaille la mécanique complète : qui inscrit la résolution, quelle majorité s'applique, quelles pièces joindre, comment rédiger le texte de la résolution, et comment répartir la dépense entre les copropriétaires.

Rat brun au pelage sombre mangeant des graines sur le sol, près d'une planche en boisRat brun au pelage sombre mangeant des graines sur le sol, près d'une planche en bois

Pourquoi un contrat annuel se vote, et pas seulement une intervention

La différence entre urgence et contrat récurrent

Le syndic dispose d'une marge d'action immédiate. L'article 18 de la loi du 10 juillet 1965 lui impose d'assurer la conservation et l'entretien de l'immeuble, et de prendre de sa propre initiative les mesures nécessaires en cas d'urgence. Une invasion de rats dans un local poubelles, avec risque sanitaire pour les occupants, entre sans discussion dans ce cadre : il fait intervenir, il paie, il rend compte à la prochaine assemblée.

Ce que le syndic ne peut pas faire seul, c'est engager la copropriété sur un contrat pluriannuel ou récurrent. Dès lors que l'on parle d'un abonnement de 4 à 12 passages par an, d'un parc de postes d'appâtage sécurisés entretenus toute l'année et d'un reporting, on sort de l'urgence pour entrer dans la gestion courante planifiée. Cette dépense doit figurer au budget prévisionnel, et le contrat doit être approuvé par l'assemblée.

C'est précisément ce qui coince : beaucoup de syndics enchaînent les interventions ponctuelles d'urgence pendant trois ans, pour un coût cumulé très supérieur à un contrat annuel, parce qu'aucune résolution n'a jamais été correctement préparée.

Ce que dit le règlement sanitaire départemental

Le Règlement sanitaire départemental (RSD), dont le modèle national est repris dans chaque département d'Île-de-France, impose aux propriétaires et gestionnaires de maintenir les locaux et leurs abords en état permanent de propreté et d'y assurer la lutte contre les rongeurs et les insectes. Les articles 119 à 121 et 130 du RSD type visent explicitement la dératisation et la désinsectisation des immeubles, des locaux de stockage des déchets et des vides sanitaires.

Autrement dit, la copropriété n'a pas le choix du si, seulement du comment. Un copropriétaire qui vote contre tout dispositif de lutte ne supprime pas l'obligation : il expose simplement le syndicat à une mise en demeure du service communal d'hygiène et de santé, voire à une exécution d'office aux frais du syndicat. C'est un argument à faire figurer dans la note explicative jointe à la convocation ; il change radicalement la tenue du débat.

Quelle majorité pour voter un contrat de dératisation ?

Dans l'immense majorité des cas : l'article 24

Un contrat d'entretien courant relatif à la conservation de l'immeuble relève de la majorité de l'article 24 de la loi du 10 juillet 1965 : majorité des voix exprimées des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance. Les abstentions ne comptent pas. C'est la majorité la plus accessible, et c'est celle qui s'applique à :

  • la conclusion ou le renouvellement d'un contrat annuel de dératisation et de désinsectisation des parties communes ;
  • la validation du budget prévisionnel qui intègre cette ligne ;
  • l'approbation d'un plan de traitement collectif contre les punaises de lit ou les blattes dans les parties communes.

Quand bascule-t-on vers l'article 25 ?

La majorité absolue de l'article 25 (majorité des voix de tous les copropriétaires, présents ou non) devient nécessaire lorsque la résolution dépasse l'entretien et touche à des travaux ou à des équipements :

Objet de la résolutionMajoritéRemarque
Contrat annuel de dératisation des parties communesArticle 24Entretien courant
Traitement curatif ponctuel voté en AGArticle 24Même logique
Pose de grilles anti-rongeurs, obturation de gaines, bas de portes métalliquesArticle 25Travaux affectant les parties communes
Remplacement des colonnes vide-ordures ou fermeture du local déchetsArticle 25Modification d'équipement commun
Traitement obligatoire à l'intérieur des parties privatives financé par le syndicatArticle 25Puis article 25-1 en cas d'échec

Le piège classique : une résolution unique mélangeant « contrat annuel + travaux d'obturation des réseaux ». Si elle est votée en bloc à l'article 24, un copropriétaire peut en demander l'annulation. Scindez toujours en deux résolutions distinctes, avec la majorité indiquée pour chacune.

Le cas des parties privatives

Le syndicat ne peut pas imposer un traitement à l'intérieur d'un logement sans fondement. En revanche, pour les punaises de lit ou les blattes germaniques, un plan de traitement par cage d'escalier n'a aucune chance d'aboutir si les logements ne sont pas inspectés. La solution pratique : voter une résolution autorisant le syndic à faire réaliser l'inspection et le traitement des parties privatives, à la charge du syndicat, avec répartition par cage ou par bâtiment, et un calendrier d'accès. C'est l'approche détaillée dans notre article sur les punaises de lit dans tout l'immeuble, où le refus d'accès d'un seul occupant suffit à relancer l'infestation.

Les pièces à joindre à la convocation

C'est ici que se jouent 80 % des rejets. Le décret du 17 mars 1967 impose de notifier avec la convocation les documents permettant aux copropriétaires de se prononcer en connaissance de cause. Pour une résolution « contrat de dératisation », cela signifie au minimum :

  1. Le ou les devis, avec leur contenu détaillé : nombre de passages, périmètre exact (caves, locaux poubelles, locaux techniques, gaines, cours, parkings), nombre et type de postes d'appâtage, produits et substances actives, délai d'intervention sur signalement, modalités de reporting.
  2. La note explicative : constat de l'infestation, historique des signalements, coût cumulé des interventions ponctuelles des deux dernières années, rappel du RSD.
  3. Le projet de contrat quand le prestataire en fournit un, ou a minima ses conditions générales et sa durée d'engagement.
  4. Les certifications du prestataire : Certibiocide pour les applicateurs, et le cas échéant certification CEPA EN 16636, qui atteste d'un processus de gestion des nuisibles normalisé.

Un devis sans périmètre chiffré, sans fréquence et sans délai d'intervention n'est pas un devis : c'est une plaquette commerciale. Il ne permet aucune comparaison, et il ne protège pas le syndicat en cas de défaillance.

Pour construire ces pièces en amont, le plus efficace reste de partir d'un document de référence qui décrit le patrimoine et les attendus. Notre guide sur le cahier des charges 3D pour un bailleur ou un syndic détaille les clauses à exiger et les preuves à demander.

La mise en concurrence : obligatoire ou pas ?

Le seuil voté par l'assemblée

L'article 21 de la loi de 1965 prévoit que l'assemblée générale fixe un montant à partir duquel la mise en concurrence est obligatoire pour les marchés et contrats, et que le conseil syndical est alors consulté. Ce seuil est voté à la majorité de l'article 25. Dans beaucoup de copropriétés franciliennes, il se situe entre 3 000 et 10 000 € HT.

En pratique, un contrat annuel de dératisation pour un immeuble de 40 à 80 lots se négocie souvent entre 800 et 3 000 € par an : il passe donc sous le seuil, et la mise en concurrence n'est pas juridiquement obligatoire. Elle reste fortement recommandée. Deux ou trois devis comparables dans la convocation désamorcent 90 % des objections en séance, et permettent au conseil syndical de rendre un avis motivé.

Comment rendre les devis réellement comparables

Trois offres sur des périmètres différents ne se comparent pas. La méthode qui fonctionne consiste à envoyer à tous les candidats le même document : plan des sous-sols, liste des locaux, nombre de lots, historique des signalements, et la grille de réponse à remplir. Un conseil syndical qui prépare ce dossier avec un classeur à intercalaires et un carnet de relevés tient un vrai dossier de consultation, opposable au prestataire retenu.

Exigez que chaque devis chiffre séparément :

  • la mise en place initiale (diagnostic, pose des postes, plan de calepinage) ;
  • l'abonnement récurrent (nombre de visites, durée du passage, locaux visités) ;
  • les interventions supplémentaires sur signalement (tarif unitaire, délai contractuel) ;
  • le volet désinsectisation s'il est inclus ;
  • la désinfection éventuelle des locaux souillés, qui obéit à une logique et à une norme propres (NF T72-281 pour les procédés de désinfection par voie aérienne).

Rédiger la résolution : le texte qui passe

Une résolution floue se perd en débat. Voici la structure d'un texte robuste.

Résolution n° X — Conclusion d'un contrat annuel de dératisation et de désinsectisation des parties communes (majorité de l'article 24)

L'assemblée générale, après avoir pris connaissance des devis notifiés avec la convocation (sociétés A, B et C), de la note explicative du syndic et de l'avis du conseil syndical, décide de confier à la société ……… la prestation de dératisation et de désinsectisation des parties communes de l'immeuble, selon le devis n° ……… du ………, pour un montant annuel de ……… € TTC, pour une durée de un an renouvelable par tacite reconduction dans la limite de trois ans, résiliable par le syndic sur demande du conseil syndical moyennant un préavis de trois mois.

L'assemblée donne mandat au syndic pour signer le contrat, inscrire la dépense au budget prévisionnel au chapitre « entretien des parties communes », et transmettre chaque rapport d'intervention au conseil syndical.

Les quatre points qui font la différence : le montant plafond, la durée avec sortie possible, le chapitre budgétaire (donc la clé de répartition) et l'obligation de reporting. Sans ce dernier, personne ne saura dans un an si le contrat a servi à quelque chose.

Comment la dépense est-elle répartie ?

La règle : les charges générales

La dératisation des parties communes est une charge d'administration et d'entretien de l'immeuble : elle se répartit, sauf clause contraire du règlement de copropriété, selon les tantièmes de charges générales. Un copropriétaire du 6e étage qui n'a jamais vu un rat participe donc au financement, comme il participe à l'entretien de la toiture.

Les exceptions fréquentes

  • Charges spéciales par bâtiment ou par cage : lorsque le règlement prévoit des grilles distinctes, un traitement limité au bâtiment B doit être réparti sur la grille du bâtiment B. Une erreur de grille est un motif classique de contestation de l'appel de fonds.
  • Parkings et caves : certains règlements imposent une clé spécifique pour les sous-sols. Un contrat qui couvre majoritairement les parkings doit en tenir compte, un point que nous détaillons dans l'article consacré aux rats dans le parking souterrain.
  • Lots commerciaux en pied d'immeuble : le bail commercial et le règlement de copropriété peuvent transférer une part au preneur. La question du payeur réel est traitée dans notre article sur les rongeurs dans un commerce en pied d'immeuble.
  • Faute d'un copropriétaire : si l'infestation provient d'un lot précis (accumulation de déchets, nourrissage, logement en état d'incurie), le syndicat peut engager la responsabilité de l'occupant et lui réclamer le surcoût. Cela suppose des preuves : constats datés, photographies, rapports d'intervention nominatifs.

Préparer la séance : ce qui fait basculer le vote

Un vote de contrat se gagne avant l'assemblée, auprès du conseil syndical. Quatre éléments pèsent systématiquement :

  1. Le coût comparé. Alignez sur une ligne le total des interventions d'urgence des 24 derniers mois et le montant annuel du contrat proposé. Dans la plupart des copropriétés franciliennes infestées, le second est inférieur au premier.
  2. Les preuves de l'infestation. Photographies horodatées des déjections, emballages rongés, terriers en pied de mur. Un simple détecteur de mouvement à vision nocturne posé une semaine dans le local poubelles produit des images qui coupent court au débat sur la réalité du problème.
  3. La chronologie du risque. Une mise en demeure du service d'hygiène, un signalement en mairie ou une plainte d'un commerçant voisin transforment la dépense en protection juridique.
  4. Le volet prévention à coût nul. Le contrat ne suffira jamais seul. Rappelez les mesures d'accompagnement : fermeture effective du local déchets, bacs à couvercle intact, bas de porte brosse sur les accès des caves, et stockage des réserves d'entretien dans des boîtes de rangement hermétiques plutôt qu'en cartons au sol. Pour les locaux les plus exposés, une grille d'aération en acier inoxydable posée sur les soupiraux coûte quelques dizaines d'euros et supprime un point d'entrée définitivement.

Après le vote : faire vivre le contrat

Un contrat voté puis oublié perd son intérêt dès la deuxième année. Le conseil syndical doit recevoir chaque rapport d'intervention, vérifier la date réelle des passages, le nombre de postes consommés et les recommandations non suivies. Un classeur dédié, conservé en loge ou chez le syndic, avec les fiches de données de sécurité des produits et le plan de calepinage, constitue le dossier à présenter en cas de contrôle. Plus simplement, une check-list imprimée et une lampe torche à LED rechargeable dans la loge permettent au gardien de faire le tour mensuel des points sensibles et de signaler avant que l'infestation ne redevienne visible.

Pour les copropriétés qui souhaitent cadrer cette démarche dans la durée, les formules d'engagement pluriannuel sont détaillées sur notre page contrats annuels, et l'accompagnement spécifique des gestionnaires sur la page syndics. Une demande chiffrée adaptée à votre patrimoine peut être formulée depuis la page devis.

L'essentiel à retenir

  • Un contrat récurrent de dératisation se vote en assemblée générale à la majorité de l'article 24 ; seuls les travaux associés relèvent de l'article 25, et doivent faire l'objet d'une résolution séparée.
  • Les devis détaillés, la note explicative et les certifications du prestataire doivent être notifiés avec la convocation, sous peine de rejet ou d'annulation.
  • La mise en concurrence n'est obligatoire qu'au-delà du seuil voté par l'assemblée, mais trois devis comparables sur un même périmètre restent le meilleur outil de conviction.
  • La répartition suit les charges générales, sauf clé spéciale par bâtiment, par sous-sol ou transfert contractuel vers un lot commercial.
  • Le RSD impose la lutte contre les rongeurs : l'assemblée choisit le prestataire et le budget, pas l'existence de l'obligation.

Chiffres de référence (ANSES, MNHN, Santé publique France) : les nuisibles en France en chiffres.

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